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Le Blog-Notes d'Ivan Rioufol du 2 Septembre 2005
Méfaits du multiculturalisme
La bonne nouvelle de l'été : le multiculturalisme est désigné comme une menace pour la cohésion nationale. Après les Pays-Bas, la Grande-Bretagne a admis avoir fait fausse route, en ayant laissé les arrivants extra-européens vivre selon leurs codes. «Les règles du jeu sont changées», a prévenu Tony Blair, le 5 août, en réponse aux attentats commis à Londres en juillet par des ressortissants britanniques. Le modèle français d'intégration est donné en exemple. Mais il a été saccagé par les mêmes idéologues de la «société plurielle».
Ceux-là promettent la paix sociale dans des sociétés multi-ethniques. Or les harmonies y sont l'exception. Si la France n'a pas été, ces dernières années, la cible de djihadistes, elle le doit plus à son opposition à la guerre en Irak qu'à sa capacité à assimiler les cultures nouvelles. Une enquête du Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof) sur les Français musulmans, parue dans Le Monde, mercredi, se félicite de leur «attachement spécifique à la démocratie hexagonale» (sic). Mais n'est-ce pas la moindre des choses ?
Les Néerlandais et les Britanniques ont montré ce qu'il ne fallait pas faire, en invitant les immigrés à conserver leurs langues et leurs particularismes. Cette communautarisation a accéléré les repliements. Un sondage réalisé pour la chaîne Sky News a révélé (1) que 46% des musulmans britanniques «se sentaient d'abord musulmans». Mais l'étude du Cevipof fait pareillement ressortir, pour la France, que seul un tiers des sondés désapprouvent la phrase : «Un musulman doit suivre les principes coraniques, même s'ils s'opposent à la loi française.»
Les démonstrations lénifiantes sur la solidarité «Black-Blanc-Beur» cachent mal une évidence : la France a souvent honte de défendre sa propre identité. Certes, la législation interdisant le voile à l'école et l'application, dès ce matin, de la loi sur l'apprentissage de La Marseillaise en primaire redonnent un contenu à l'appartenance nationale. Mais ces efforts se heurtent à la puissance du discours relativiste qui martèle, jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir, que toutes les cultures sont égales et que leur «métissage» est un progrès.
Le commentaire du syndicat des enseignants (SE-Unsa) dénonçant l'autre jour, à propos de l'hymne national à l'école, une «décision idéologique», n'est qu'une illustration des ravages de la doxa «antiraciste». C'est en son nom que le bien-pensisme est parti en guerre contre «l'obsession des origines», et rend coupables ceux qui osent parler de souches, héritages, traditions : des références que seuls les nouveaux venus sont autorisés à faire valoir.
En fait, c'est l'idée même nation, communauté familière se distinguant par sa culture propre issue d'une histoire, qui a été délaissée ou ringardisée par les élites. On aura entendu le PS crier au «pétainisme» quand Jean-Pierre Raffarin parla de «patrie» (2). Et si le premier ministre a judicieusement évoqué le «patriotisme économique», cet été, Dominique de Villepin en était encore, naguère, à se griser de la «nouvelle histoire» à écrire dans une société ouverte «au souffle du monde».
La nation fragilisée
Le malaise français tient, pour beaucoup, à la crainte d'une désintégration de la nation. C'est ce message que les Corses avaient fait passer, il y a deux ans, en refusant par référendum la réforme du gouvernement qui offrait davantage de poids à la minorité indépendantiste. C'est ce même avertissement que les nonistes ont donné le 29 mai en rejetant la Constitution, comprise comme l'instrument d'une Europe déracinée et sans frontières. La prise de conscience de Blair sur la faillite du multiculturalisme vient reconnaître la réalité de la fracture identitaire.
Or, ni la droite ni la gauche n'osent aborder ce sujet, au coeur de la crise existentielle. Les pinaillages nombrilistes des partis, rassemblés ces jours-ci pour leurs universités d'été, ont été consternantes. Les citoyens, dans leur majorité, se moquent des querelles entre Michel Rocard, Jack Lang et Laurent Fabius au PS, François Bayrou et Gilles de Robien à l'UDF. Qu'attendent ces représentants et ceux de l'UMP pour s'interroger sur l'avenir de la «France française» ?
Poser la question interdite : l'identité nationale doit-elle être protégée ? La pensée monolithique, qui alimente une bonne partie des opinions, ne peut que répondre non, en hurlant à la xénophobie et au populisme. L'Éducation nationale, pour sa part, a cessé depuis longtemps de valoriser le patrimoine français pour ne transmettre «que les mots d'ordre de l'Empire du Bien», comme le remarque l'écrivain Richard Millet (3), qui a quitté l'enseignement public, devenu «une fabrique d'ignorance et de bien pensance».
Le terrorisme intellectuel rend le sujet difficile à aborder. D'autant que la réflexion oblige à reconsidérer les discours «humanistes» sur le respect de l'autre et la non-discrimination, éléments du consensus droite-gauche. Protéger l'identité française – ce qui ne signifie pas soutenir un nationalisme extrémiste – suggère d'apporter des limites non seulement à l'immigration non désirée mais aussi à la tolérance, en imposant aux nouveaux venus d'avantage d'obligations communes.
Si rien n'est fait pour contrer efficacement l'idéologie multiculturelle, qui apprend à mépriser la civilisation occidentale, la France millénaire risque de se perdre. Comment pourrait-elle survivre à une déculturation, voire à une balkanisation ? On peut en accepter l'issue, en citant Paul Valéry : «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.» Mais rien n'est encore inexorable. Seul le courage politique manque.
Incendies à Paris : les responsables
Comment éviter de nouveaux drames, après les deux derniers incendies d'immeubles parisiens, où logeaient précairement des familles africaines ? 24 personnes ont péri, dont 18 enfants. A cette question, personne n'ose évoquer la responsabilité des militants immigrationnistes. Ce sont pourtant ces bons apôtres qui encouragent les nouveaux venus à revendiquer des priorités et à squatter des immeubles. Ils poussent les plus vulnérables à s'installer dans une France qui ne peut plus offrir ni travail ni logement.
Mardi, Édouard Balladur sur RTL : «Les véritables problèmes, c'est qu'on ne peut pas accepter que ceux qui vivent sur le territoire de la France – quelle que soit la façon dont ils y sont arrivés – vivent dans des conditions pareilles.» Comment contredire un tel propos ? Pourtant, qu'une personnalité de l'envergure de l'ancien premier ministre en arrive à un tel conformisme dans la posture compassionnelle est révélateur du refus des politiques d'aller plus avant devant des questions dérangeantes.
Le poids de la doctrine multiculturaliste – toujours elle – fait que personne n'ose s'étonner, par exemple, de la situation de ces familles polygames qui, pour certaines, comptent de onze à quinze enfants et attendent des 5 ou 6 pièces à Paris. C'est ainsi que la polygamie, interdite par la loi, est tolérée dans les faits. Comme est tolérée l'illégalité de nombreux "sans-papiers" (ndlr: curieux vocabulaire.. parlons d'immigrés clandestins, plutôt) ou l'occupation sans titre de certains logements : autant de signes de renoncement ne pouvant qu'inciter d'autres déshérités à venir vivre en France.
Ces familles endeuillées, dont l'une des femmes invitée mercredi matin sur RTL par Jean-Michel Aphatie a fait preuve d'une émouvante dignité, sont les victimes de ces beaux esprits «qui se pensent émancipés» et dont René Char remarquait «Combien ils sont épris de l'humanité et non de l'homme. Pour élever la première, ils abaissent le second». Oui, ces universalistes ont leur part dans ces tragédies, pour avoir laissé croire que la France restait une terre d'accueil pour tous les miséreux.
Sharon-Bush : les affreux
Cette question : pourquoi est-il impossible de soutenir Ariel Sharon et George W. Bush sans risquer de passer pour un «fasciste», alors même que les deux hommes ont été élus par des démocraties exemplaires ? Pourquoi nombre de médias français, qui n'ont de cesse de fustiger le militantisme de la chaîne américaine Fox News, leur appliquent-ils une partialité tout aussi critiquable ? La réussite du démantèlement des colonies de Gaza, en août, a été bien timidement saluée, tandis que le pire continue d'être annoncé pour la Constitution irakienne, qui vient d'être rédigée.
Pourquoi ces rejets ? Notamment, parce que les deux hommes ne font pas mystère de leurs convictions patriotiques. Parce que ces dirigeants arborent leur drapeau au revers de leur veste, parce qu'ils représentent des nations fières, parce qu'ils ont décidé de résister à l'islam radical, en guerre depuis le 11 Septembre contre l'Occident et les musulmans éclairés. Bush et Sharon sont infréquentables parce qu'ils ne croient pas en la vision angélique du grand mélangisme internationaliste.
Comme l'écrit Roland Dajoux dans un livre récent (4), «le temps est venu pour l'Occident de comprendre que le danger du fondamentalisme islamique est un danger mondial, que le drame qui se joue en Israël, répétons-le, n'est finalement qu'une préfiguration, la vision prémonitoire du danger qui guette le monde non islamique». Israël et les États-Unis, deux nations d'immigration s'il en est, montrent la force que donne un sentiment identitaire partagé par tous. A méditer.
Gouvernement maternaliste
Quelle mouche a piqué Dominique Perben, en proposant de limiter à 115 km/h la vitesse sur les autoroutes ? Certes, Dominique de Villepin a enterré hier la proposition : «Les Français n'ont pas à supporter de manière autoritaire les conséquences de la hausse des prix du pétrole.» Mais cette tentative du ministre des Transports en dit beaucoup sur l'état d'esprit des gouvernants maternalistes, dont le premier réflexe consiste à infantiliser un peu plus les citoyens. Au fait, qu'attend l'état pour alléger ses lourdes taxes sur l'essence ?
Houellebecq, malgré tout
Et Houellebecq ? Son dernier livre (5), s'il n'est pas le chef-d'oeuvre prophétique annoncé, décrit bien le sentiment de déprime face à l'avenir, tel qu'un sondage du Parisien l'analysait encore hier à propos des Français. La curiosité, l'humour et le cynisme de l'auteur font oublier l'insupportable opération de promotion commerciale de son ouvrage et de sa personne.
(1)Libération, 14 août 2005. (2)«Blocs notes» du 13 juin 2003. (3)Harcèlement littéraire, Gallimard. (4)Le Temps des confusions, Le Manuscrit. (5)La Possibilité d'une île, Fayard.
1 Commentaires:
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Cheers,
AIU Degree Online
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